L’Afrique aux commandes
En septembre 2025, à New York, le sommet Unstoppable Africa a voulu placer l’Afrique au cœur de l’innovation mondiale. Des initiatives concrètes dans les domaines du numérique et de l’IA y ont été annoncées reflétant « ..un changement de paradigme en faveur de solutions dirigées localement et d’une planification à long terme mettant l’accent sur des technologies éprouvées, l’adoption de technologies de pointe et des investissements en capital pour stimuler l’intégration régionale et la compétitivité mondiale ».
1/10/20264 min temps de lecture


Une perspective ambitieuse, bien orientée, démontrant une confiance croissante dans le secteur privé africain (1).
« Unstoppable Africa est un rendez-vous qui nous rappelle qui nous sommes et que nous avançons selon nos propres termes » y a déclaré l’anglo-nigériane Amina J. Mohammed, Vice-secrétaire générale de l’ONU. Une affirmation indiscutable et que je crois, à juste titre, empreinte de fierté.
Pour sa part, Mme Ngozi Okonjo-Iweala, américano-nigériane, DG de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) a affirmé que l’Afrique se démarquait désormais en tant que destination de croissance pour les entreprises de taille mondiale cherchant à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement. Un vrai fromage, mais une fable du « Corbeau et du Renard » à réinventer pour ne plus se laisser prendre.
Fin novembre 2025, dès l’ouverture du sommet du G20 sous présidence sud-africaine (et pour cela boycotté par les USA), les pays membres ont adopté une déclaration commune mettant en avant, pour la première fois, les priorités de l’Afrique : réchauffement climatique, transition énergétique, inégalités, endettement. Un succès pour le président Ramaphosa et pour le continent, qui s’attendent à présent à la mise en œuvre des engagements pris pour ; soutenir les pays vulnérables en matière d’endettement (23 pays d’Afrique sub-Saharienne fortement exposés ou surendettés) ; mieux valoriser l’exploitation des minéraux et accélérer la transition énergétique, grâce à une contribution de 15,5 milliards d’euros annoncée par l’UE.
De ce dialogue constructif Nord-Sud, nous aurons compris que les affaires permettaient de gommer des désaccords politiques entre nations et aussi l’importance des partenariats public-privé (PPP) comme leviers de la croissance et du développement. Des évidences ? Tant que la compétition ne mène pas à une véritable guerre économique, principal sous-jacent des conflits armés de par le monde et pour autant que les PPP respectent un cadre de gouvernance strict et préétabli, garantissant leur efficacité.
Cette Afrique, à l’initiative et sans complexes, prenant en mains son avenir dans la perspective de l’ Agenda 2063 ; l’Afrique que nous voulons de l’Union Africaine, se rêve transformée « en puissance mondiale de l’avenir ». Une ambition qui, nonobstant son échéance lointaine, pourrait passer pour peu réaliste, mais que le rythme et la nature des changements qui s’y produisent autorisent.
Cependant, cette transformation en profondeur, une mutation à vrai dire, ne peut se produire sous l’effet seul des élites pensantes, ni de celles qui gouvernent, mais à mon sens impacter en les impliquant l’ensemble des sociétés africaines, pour atteindre un premier palier, l’Emergence (la sortie du « sous-développement »), une urgence. Or, l’atteinte des Objectifs de Développement Durable 2030 de l’ONU - définis en 2015 - semble aujourd’hui largement compromise dans de nombreux pays du continent. La croissance du PIB y est insuffisante en regard de la pauvreté et de l’inégalité des revenus et la gouvernance souvent en souffrance. La Banque mondiale, dans son rapport Africa’s Pulse d’octobre 2025, qui le constate une fois encore, recommande entre autres ; « la création d’emplois et le développement d’un environnement commercial sain reposant sur des institutions solides et inclusives » dans le cadre d’« un programme politique global combinant des mesures à court terme et des stratégies à long terme » ; la montée en puissance des moyennes et grandes entreprises capables de réaliser des économies d’échelle, créer des emplois et de la valeur ; la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).
Cela me fait penser au sommet franco-africain de La Baule de 1990, une belle rhétorique, mais des écarts béants entre recommandations et actions – les différentes parties en étant responsables. Aucun régime, civil ou militaire, ne garantit multipartisme, démocratie économique et consensus social, liberté de la presse et indépendance de la justice : seul le développement durable peut rapprocher la base du sommet et créer les conditions équilibrées d’un cadre démocratique. Cela passe par l’inclusion économique de toutes les couches de population, objectif que champions, grandes entreprises et PME – locales et investisseurs étrangers - ne peuvent réaliser seuls. Plutôt que de stigmatiser les secteurs informels, dans lesquels opèrent la grande majorité des actifs, l’enjeu consisterait à assurer leur inclusion dans l’économie réelle créatrice de valeur partagée. Sachant que le taux d’activité en Afrique sub-Saharienne est un des plus élevés au monde donnera une meilleure idée du levier formidable que cela représente.
Depuis des années (2) j’insiste sur ce rôle des PME/TPME dans le développement pour l’Afrique ; les banques le comprennent aujourd’hui, à leur façon, reconnaissant les PME comme l’épine dorsale des économies africaines et un moteur essentiel de la croissance future. Une autre condition, que je crois également, depuis longtemps, essentielle au développement, est l’accès universel à l’énergie : volet auquel s’attaquent à présent la Banque mondiale et la BAD avec la Mission300. Je reviendrai sur ces sujets dans un prochain article et vous souhaite dans l’entretemps une année 2026 de résilience et de prospérité.
(1) une confiance sélective néanmoins, concentrée sur de grands projets et des domaines d’activité limités – cf mon article d’Août 2025 « Quand l’Afrique … »
(2) cf. les articles parus depuis 2020 sur mon site de Conseil www.serioja-africaconsulting.com
Sources : Unstoppable Africa – G20 South Africa – ODD de l’ONU – Africa’s Pulse de la Banque mondiale (« Comment créer des emplois en Afrique ») – www.vie-publique.fr Allocution du Président de la République François Mitterrand La Baule 20 juin 1990.
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